L'immunité diplomatique a ses limites. L'Iran ne cesse de les tester.

 Les missions diplomatiques ont pour vocation de tisser des liens entre les nations. Elles sont régies par l'un des instruments les plus durables du droit international, la Convention de Vienne de 1961, qui accorde au personnel accrédité d'importantes protections en échange de l'obligation d'opérer strictement dans les limites reconnues. Or, depuis des décennies, les ambassades et consulats iraniens en Europe font fi de ces limites. Les preuves ne sont plus circonstancielles : condamnations pénales, rapports des services de renseignement parlementaires, expulsions massives et déclarations concertées de quatorze gouvernements en témoignent.

La question à laquelle l'Europe est désormais confrontée est de savoir si elle a la volonté politique de répondre par des mesures proportionnées aux conclusions de ses propres agences.

Un panache de fumée s'élève après une frappe à Téhéran, en Iran, le lundi 2 mars 2026.

L'avertissement des quatorze gouvernements

En juillet 2025, La France, l'Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et neuf autres gouvernements ont publié une déclaration commune condamnant les services de renseignement iraniens pour avoir comploté en vue de tuer, d'enlever et de harceler des individus à travers l'Europe et l'Amérique du Nord.La déclaration était sans équivoque : les services iraniens « collaborent de plus en plus avec des organisations criminelles internationales pour cibler des journalistes, des dissidents, des citoyens juifs, ainsi que des responsables, actuels ou anciens ». Il ne s’agissait pas d’une simple déclaration diplomatique, mais d’une évaluation coordonnée des services de renseignement, signée par quatorze gouvernements souverains, dont trois des principaux interlocuteurs européens de l’Iran.

Les réseaux décrits dans cette déclaration restent, en 2026, largement intacts.

Comment fonctionnent réellement les ambassades

Le tableau opérationnel établi par les services de renseignement européens est cohérent dans de nombreux pays. Les ambassades et consulats iraniens servent de plaques tournantes pour les assassinats, les opérations d'espionnage et le recrutement au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique.Pour détourner les soupçons, ils s'appuient sur des organisations écrans pour mener des missions de renseignement, des enlèvements et des attaques armées. Une personne présentée comme attaché culturel peut coordonner le financement par procuration. Un traducteur peut gérer les opérations de surveillance des militants de la diaspora. D’après d’anciens employés diplomatiques iraniens dont le témoignage a été publié par Iran International en juin 2025, les titres au sein des missions iraniennes sont fréquemment des appellations de façade..


L'affaire Assadollah Assadi a mis cette architecture en lumière. En poste comme troisième conseiller à l'ambassade d'Iran à Vienne, Assadi était simultanément officier du département 312 du MOIS, décrit par les enquêteurs belges comme une unité de renseignement liée au terrorisme.En 2018, il a remis en main propre un engin explosif à une cellule complice et a voyagé à travers onze pays européens avec son passeport diplomatique. Condamné en Belgique en 2021, il a ensuite été libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers, une pratique qui, en soi, encourage les prises d'otages.

France, Allemagne, Belgique : Les trois cas

En France, En 2018, un diplomate iranien basé à Vienne et membre de VAJA a orchestré un attentat à la bombe déjoué contre un rassemblement de l'opposition iranienne près de Paris, en utilisant un réseau d'agents répartis dans plusieurs pays européens.En juin 2025, le ministre français de l'Intérieur a déclaré publiquement que l'Iran avait engagé des réseaux criminels pour mener des opérations sur le sol français.

En Allemagne, Berlin a déclaré deux employés de l'ambassade iranienne persona non grata en mars 2023 suite à la condamnation à mort par l'Iran du citoyen germano-iranien Jamshid Sharmahd.Les services de renseignement allemands ont par la suite identifié le Centre islamique de Hambourg comme une base opérationnelle active de la République islamique, directement liée au bureau du Guide suprême, avant sa fermeture par les autorités en juillet 2024. Depuis, les services de renseignement allemands ont explicitement averti que des agents iraniens collectaient des données de surveillance sur des cibles israéliennes et juives, notamment une école maternelle juive à Berlin.

En Belgique, Une parlementaire d'origine iranienne a été informée par les services de sécurité d'un complot visant à l'enlever via la Turquie et à la transférer à Téhéran, en lien direct avec ses efforts pour faire désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste..


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